Ton souvenir est comme un livre

Ton souvenir est comme un livre bien-aimé,

Qu’on lit sans cesse, et qui jamais n’est refermé,

Un livre où l’on vit mieux sa vie, et qui vous hante

D’un rêve nostalgique, où l’âme se tourmente.

Je voudrais, convoitant l’impossible en mes voeux,

Enfermer dans un vers l’odeur de tes cheveux,

Ciseler avec l’art patient des orfèvres

Une phare infléchie au contour de tes lèvres ;

Emprisonner ce trouble et ces ondes d’émoi

Qu’en tombant de ton âme, un mot propage en moi:

Dire quelle mer chante en vagues d’élégie

Au golfe de tes seins où je me réfugie;

Dire, oh surtout ! tes yeux doux et tièdes parfois

Comme une après-midi d’automne dans les bois;

De l’heure la plus chère enchâsser la relique,

Et, sur le piano, tel soir mélancolique,

Ressusciter l’écho presque religieux

D’un ancien baiser attardé sur tes yeux.

Albert Samain (1858-1900)


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