Les amants de Montmorency

Ils passèrent deux jours d’amour et d’harmonie

De chants et de baisers, de voix, de lèvre unie,

De regards confondus, de soupirs bienheureux,

Qui furent deux moments et deux siècles pour eux.

La nuit, on entendait leurs chants; dans la journée

Leur sommeil; tant leur âme était abandonnée

Aux caprices divins du désir ! leurs repas

Etaient rares, distraits: ils ne les voyaient pas.

Ils allaient, ils allaient au hasard et sans heures,

Passant des champs aux bois, et des bois aux demeures,

Se regardant toujours, laissant les airs chantés

Mourir, et tout à coup restaient comme enchantés.

L’extase avait fini par éblouir leur âme,

Comme seraient nos yeux éblouis par la flamme.

Troublés, ils chancelaient, et le troisième soir,

lls étaient enivrés jusques à ne rien voir

Que les feux mutuels de leurs yeux. […]

Et tout ce qui vIvait, par un hymne suprême,

Accompagnait leurs voix qui se disaient : « Je t’aime ! « 



Alfred de Vigny (1797-1863)

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