Perdition

Ça y est, il est là! Et j’ai eu l’heureux privilège de le découvrir en avant-première: « Perdition », le nouveau roman d’Alexis Arend. Et quand je vous dis « heureux privilège », le mot est bien faible pour exprimer ma félicité.

Avec ce 6ème roman, l’auteur a pris une nouvelle orientation. En effet, c’est SON PREMIER RÉCIT NON FANTASTIQUE. Ici l’accent est mis sur le côté humain. Et c’est ainsi que je suis tombée raide dingue du personnage principal, un criminel sanguinaire échappé du couloir de la mort. Je suis une femme que les défis galvanisent, j’ai été comblée.

Par le jeu d’un hasard que nul n’aimerait affronter, un petit groupe de voyageurs lancés sur la Route 66, hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux se retrouvent dans un terrible face à face avec ce criminel que le pays entier redoute. Quelle fin réserve-t-il à ces pauvres gens?

Le talent d’Alexis Arend n’est plus un secret pour personne. Ce grand monsieur maîtrise son art et commande sa plume avec une aisance qui inspire et envoûte les amoureux des mots, tous genres confondus. Et il parvient à vous faire visualiser les scènes avec une telle précision que l’on partage les émotions de chaque personnage selon son point de vue, sa perspective.

Cela a été pour moi un grand honneur de faire partie de ses primolectrices. Et je peux dire en toute sincérité que c’est un roman qui trônera fièrement dans ma bibliothèque et que je relirai bien plus d’une fois. Par amour des mots, de l’histoire, des personnages. Et surtout quand on a pris l’habitude de dormir tous les soirs avec Denton Foley, il n’est guère aisé de s’en priver du jour au lendemain, ce personnage qui révèle un aspect de la plume de l’auteur jusqu’ici resté caché, que je vous garantis que vous adorerez.

Je remercie Alexis Arend pour ces excellents moments que j’ai passés, plongée dans sa merveilleuse imagination. Perdition est son meilleur roman en date, à mon humble avis, et je lui souhaite un bel envol et du succès au concours des Plumes Francophones.

Inutile de vous dire que je vous le recommande chaudement. Vous allez adorer, quel que soit votre genre de prédilection. Je vous le garantis.

montage-livres-peridition
Perdition : 6ème roman d’Alexis Arend

EXTRAIT

Un soir, un homme avec qui j’avais vaguement sympathisé dans un bar, après une journée de travail des plus ordinaire, m’a posé cette question singulière :

– Vous qui, jour après jour depuis des années, côtoyez apparemment les pires criminels que ce fichu monde ait engendrés, est-ce que vous croyez que Dieu puisse réellement absoudre leurs péchés ? Vous pensez sincèrement notre Créateur capable de pardonner à tous ces monstres leurs crimes odieux ?

Je l’ai dévisagé un instant, sans mot dire, guettant la suite. Il a alors précisé sa pensée :

– Ce que j’essaie de vous faire comprendre, vous voyez, c’est que si moi, par exemple, j’étais Dieu, eh bien je ne pourrais pas. Leur pardonner, je veux dire. Je ne pourrais tout simplement pas, non. Je les enverrais directement en bas, dans les plus sombres profondeurs. Je les condamnerais tous autant qu’ils sont à brûler dans les flammes de l’enfer pour l’éternité. Je les regarderais se consumer petit à petit, tout doucement, je les écouterais hurler leur douleur tandis que leurs carcasses se calcineraient lentement. Et j’y prendrais un plaisir indécent, oh ça oui, vous pouvez me croire !… Ils l’auraient tous bien mérité, pas vrai ?

Là-dessus, les yeux dans le vague, il a vidé son verre d’un trait avant de hocher la tête à plusieurs reprises, comme pour appuyer son propos, ou comme s’il conversait avec lui-même. J’ai esquissé un sourire poli et détourné un instant le regard, les yeux s’égarant sur mon propre verre, avant de lui répondre :

– Vous savez… Un jour, alors que j’étais encore tout gosse, mon grand-père m’a enseigné une chose que je n’ai jamais oubliée, tant elle m’a marqué. Il m’a dit ceci : « On ne peut vraiment juger un homme que le jour de sa mort, et à l’instant précis de sa mort, quand tout ce qu’il aura eu à accomplir sur cette terre, en bien ou en mal, aura enfin été accompli par lui. Avant cela, rien n’est définitif, rien n’est figé, rien n’est écrit à jamais. Nul ne saurait voir le reflet de son âme immortalisé pour l’éternité avant que ne survienne le tout dernier soupir… »

À cette dernière phrase, il m’a considéré longuement, circonspect, n’osant m’avouer qu’il n’avait strictement rien compris.

– Voyez-vous, ai-je repris, l’homme le plus méritant et le plus droit qui soit, et qui l’aura été toute sa vie, peut totalement sombrer suite à un malheureux geste d’égarement, un instant fatal où une folie même éphémère se sera emparée de lui, une fraction de seconde regrettable où la malchance se sera brusquement abattue sur lui et l’aura corrompu à tout jamais. Il n’aura finalement suffi que d’un bête claquement de doigts pour que toute son irréprochable existence bascule et soit avilie. Et, à l’inverse, l’être le plus méprisable, le plus abject que l’on se plaise à imaginer peut espérer se racheter en partie, avant le moment ultime et inéluctable, par une noble et louable action qui révélera enfin son âme véritable, et l’éveillera à sa propre conscience…

– Soit, admettons que votre grand-père disait vrai…, m’a-t-il rétorqué, guère convaincu. Dans ce cas, j’aimerais avoir votre sentiment : de tous les foutus enfants de salauds qui croupissent ou ont croupi dans votre fameux couloir de la mort, lequel serait pour vous le plus infâme ?

Je n’ai pas eu la moindre hésitation.

– À mes yeux, sans conteste Denton Foley, lui ai-je aussitôt répondu.

L’autre a brusquement haussé ses sourcils broussailleux, comme frappé d’illumination.

– Ah ouais, ce salopard-là… a murmuré l’inconnu, dont la haine perceptible déformait subitement la bouche. Le Tueur Fou d’Aniston. Je m’en souviens encore… Ouais, là-dessus je suis assez d’accord avec vous ! C’est celui qu’on a abattu après sa cavale, il y a deux ou trois ans de ça, pas vrai ? J’espère que le pire des enfers lui a été réservé, et qu’il en savoure maintenant chaque délice ! Il n’a eu que ce qu’il méritait !

Il s’est tu l’espace d’une seconde, ravalant sa rancœur. Je n’ai rien dit à mon tour. Puis il s’est tourné à nouveau vers moi, profondément intrigué :

– Mais alors, pour reprendre ce que vous disiez, quel serait au contraire pour vous, parmi tous ces pourris, ces animaux enragés, celui qui mériterait le plus de voir son âme sauvée de l’éternelle damnation ?

– Au risque de vous surprendre, ai-je répliqué une nouvelle fois sans prendre le temps de la réflexion, je dirais là encore Denton Foley…

Ma réponse s’est accompagnée d’un vague sourire triste que mon interlocuteur éberlué n’a clairement pas su décrypter. Il me fixait stupidement, avec ses gros yeux écarquillés. Mon propos le laissait totalement incrédule. C’était, je dois le dire, assez amusant à voir. Laissant à sa stupéfaction mon compagnon de comptoir, je me suis levé sans hâte, l’ai salué brièvement avant de terminer mon verre. J’ai quitté le bar sans attendre sa réponse.

Je n’avais plus pensé à Foley depuis sa mort, trois ans auparavant, et voilà à présent qu’on me la renvoyait en pleine figure.

Denton Foley…

De loin le plus exécrable individu que vous puissiez être amené à rencontrer.

Denton, mon ami, va en paix…

 

Exemples de ces petites descriptions propres à Arend que j’affectionne

Une brume laiteuse, diaphane, s’élevait de toutes parts, masquant la route et le paysage, dissimulant les hommes et les choses en les emprisonnant dans ses danses immobiles. On eût dit de lentes respirations venues des profondeurs de la terre, le souffle exhalé par une créature étrangement aussi obscure que céleste, tapie depuis l’aube des temps dans les entrailles du monde du dessous. Et ces vapeurs éthérées se répandaient doucement en un tapis cotonneux, épais en apparence et cependant infiniment léger et que transperçaient à grand-peine les phares de la Buick.

Le ciel, comme placardé loin au-dessus de la grande cour centrale, s’entrouvrait dans l’immensité comme pour lancer un appel désespéré, muet et implacable, un cri silencieux réclamant l’envol des âmes des pensionnaires, les appelant à lui. Mais cette invitation céleste, en effleurant l’enceinte protégée du pénitencier, mourait finalement en un murmure étouffé.

Les cieux, ce matin-là, s’enveloppaient d’une grisaille humide et glaciale qui vous cisaillait les chairs et imprégnait vos os. Un crachin léger mais insidieux éparpillait sur tous les visages des flocons détrempés qui se muaient en désagréables et froides gouttelettes au moindre contact avec la peau.

La vieille femme cligna cependant des paupières. Très faiblement. S’ensuivit un râle tout aussi faible, étouffé, presque éteint, qui accompagna ce clignement comme un macabre contrepoint. Puis, un très vague soubresaut de la main, presque intangible, comme un dernier appel à l’aide désespéré, un ultime spasme d’une vie qui s’en allait déjà. Denton la dévisageait toujours. Cette vieille femme gisant là, appelée brusquement aux portes de la mort, frappée par surprise par la faucheuse enfin jaillie de sa cachette de la chambre nauséabonde, avait quelque chose de merveilleux, d’enchanteur. La scène avait cette beauté particulière, admirable, que ne peuvent percevoir que les âmes les plus éveillées.

L’enfant reposa sa cuillère et s’approcha, s’agenouillant devant sa grand-mère. Avec difficulté, la femme parvint à le suivre du regard, par un quasi imperceptible mouvement de ses yeux désormais mi-clos. Denton, tout proche à présent, pouvait presque sentir sur son visage le souffle ténu qu’exhalait cette vieille âme aspirée dans les tourments du Grand Vide. Il l’observa longuement, très longuement, cherchant à entrevoir cette étincelle magique lorsqu’elle sombrerait dans le néant, plongeant intensément son regard dans celui de cette femme qui allait d’un instant à l’autre basculer de l’autre côté…

Lorsque, plusieurs minutes après, il n’y eut plus rien d’intéressant à voir, lorsque sa curiosité fut enfin satisfaite, le garçon se redressa, se réinstalla à table, attrapa sa cuillère restée dans son bol et se remit à avaler ses céréales.

 

Pour en savoir plus

couv-peridition-3D
Voir sur Amazon

 

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.