Prisonnière de la nuit

Rien n’est plus insensé que de croire que la profondeur des ténèbres est limitée. Certaines vies commencent au crépuscule et finissent avant l’aube… Nos yeux s’habituent à la crasseuse noirceur, et nous y déambulons, à notre aise, parés d’une légèreté qui se veut rassurante.

Le rai de lumière entrevu à la naissance reste un lointain souvenir caché dans un recoin de notre inconscient.

Cependant quelques condamnés à la souffrance s’y accrochent et passent leur vie à en rêver. Cette petite flamme d’espoir se mue en obsession et embrase l’esprit. Alors, nous courons vers tout ce qui y ressemble, nous sacrifions notre essence à sa poursuite.

Ne sachant comment le nommer, nous le baptisons « bonne heure », comme le serait celle où les ténèbres s’effaceraient enfin… Le « bonheur » quel joli mot! Tout dans son concept, dans son énonciation jusqu’aux visions qu’il projette ranime, réveille cette envie, ce besoin de soleil…
Ce qu’ignorent ces pauvres âmes et qu’on ne leur dira jamais, c’est qu’il s’évanouit toujours à portée de main, il fond sous les bras qui tentent de l’étreindre, il disparaît sous le doigt qui le touche. Jamais les condamnés de l’obscurité ne goûteront à la félicité… Ils sont nés pour l’admirer et non pour l’embrasser.
Je suis née avec la force d’une guerrière. Pourtant la vie a démontré que je ne suis qu’une prisonnière de la nuit. Je n’ai pas été créée pour le bonheur. Je me suis battue pour au moins quelques sourires, j’ai inventé, j’ai innové, j’ai dédié ma vie entière à la poursuite de cette chimère. Et toujours elle s’est traînée lourdement vers moi, indécise, pour ensuite s’envoler de toute son énergie. Et chacun de ces mirages a emporté avec lui un pan de ma force, de ma rage de vivre, de mon invincibilité.
De guerre lasse, j’accepte, enfin, que je suis une femme des ténèbres et que la lumière me fuira toujours. J’embrasse la noirceur; je sais que le prochain rayon tiède sur ma peau m’attend au grand départ.
Rien ne rend le bonheur si évanescent que de se sentir si essentiel. Alors, j’arrête enfin ma course effrénée à tenter de le rattraper. J’ai compris: pour moi, le soleil ne se lèvera jamais !

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